Nous sommes à la fin du XIXème siècle, une période importante pour l'histoire de Charleroi. La wallonie est prospère, les charbonnages fleurissent dans la région, les ouvriers arrivent en masse, la ville croît considérablement. Le conseil communal décide donc d'abattre les murs de la forteresse pour que le centre-ville puisse s'ouvrir vers l'extérieur.
Le quartier de la Broucheterre est un quartier d'ouvriers, en contrebas de l'ancienne forteresse. Ses habitants travaillent majoritairement au charbonnage du Mambourg. Ses jeunes garçons reçoivent une instruction dans les écoles du centre-ville, avant de rejoindre leurs parents à la mine. Les Frères des écoles chrétiennes ont d'ailleurs ouvert une école gratuite destinée à un public populaire en 1840. Ils l'ont baptisée l'Institut Saint-Joseph. Malheureusement, aucune forme d'éducation n'est prévue pour les jeunes filles. Il n'est pas question qu'elles se rendent non-accompagnées à la Ville-Haute.
La congrégation des Filles de Marie va remédier à cette situation. Elle ouvre le 16 septembre 1897 "un établissement d'instruction qui comprendra deux classes primaires, une classe gardienne et une école ménagère" dans l'ancienne propriété du docteur Félicien Caréna, rue Pige-au-Croly. 51. Mademoiselle Charlotte Dumont de Chassart, dont la famille gère le charbonnage, a acheté le domaine. L'école étant sous le même patronage que la paroisse devient donc l'école Saint-Joseph. Si l'école est mixte entre trois et six ans, seules les jeunes filles sont admises à l'école primaire.
Les études comprennent la religion, la lecture, l'écriture, la langue maternelle, l'arithmétique, le système métrique, la géographie, l'histoire nationale, l'hygiène, les sciences naturelles, le savoir-vivre, la musique vocale, le dessin, la gymnastique, les travaux à l'aiguille. L'école ménagère prodiguera des cours spécifiques à l'option lingerie, coupe, confection, lavage, repassage "et tout ce qui requiert l'entretien et la bonne tenue d'une maison". La jeune fille sortant de l'établissement sera donc supposée devenir une bonne ménagère. Elle aura en effet reçu "une instruction solide, une bonne éducation, et tout ce qui fait la jeune fille bien élevée, modeste, vertueuse et instruite" On compte déjà 220 élèves en novembre 1897.
Les années passant, la population scolaire a continué d'augmenter et a nécessité diverses transformations. Ainsi en 1904, on compte déjà cinq classes primaires et deux classes maternelles. En octobre 1930, un quatrième degré est ouvert et apporte un complément de formation aux jeunes.
Les besoins évoluant en même temps que les années, l'école doit adapter plusieurs fois ses offres d'enseignement. Elle crée un cours professionnel de coupe et de confection après la seconde guerre mondiale. En 1960, elle ouvre une section professionnelle formant des assistantes sociales. Des nouvelles classes sont construites afin d'accueillir un nombre d'élèves en constante évolution jusqu'en 1970.
Les années 70 sont plus difficiles et se concluent par un changement de structure. Les charbonnages ferment les uns après les autres, plongeant une partie de la population dans la misère. Dans le même temps, le visage de Charleroi en général et du quartier de la Broucheterre en particulier change considérablement avec la construction du Ring et de l'autoroute de Bruxelles. Une partie des terrains de l'école est expropriée. En 1973, les Filles de Marie se retirent de la gestion des écoles qu'elles ont crées pour passer le relais à des Pouvoirs Organisateurs locaux, plus efficaces pour résoudre les problèmes des écoles. L'école est désormais constituée en A.S.B.L. Le P.O. est composé de sept laïcs et des curés de la Ville-Haute et de la Broucheterre.
Cette nouvelle structure sera salutaire deux ans plus tard. Le 26 avril 1975, un incendie ravage les bâtiments de l'école primaire où étaient installés six classes et cent cinquante élèves. Les dégâts sont considérables : environ deux millions de francs. Le Père Keup, curé de la Broucheterre, s'engage à construire des nouveaux bâtiments sans tarder. Il investit toutes les finances de la paroisse et les nouvelles constructions sont inaugurées six mois plus tard.
Si la congrégation des Filles de Marie a quitté la gestion de l'école, la direction est toujours aux mains d'une religieuse: Soeur Aimée. Elle fait entrer l'école dans le rénové en créant une section hôtellerie-restauration. Mais pour créer un troisième degré, l'école devra fusionner avec un établissement possédant déjà un degré supérieur. Son choix se porte alors sur l'institut Saint-Joseph. La convention entre les deux institutions est signée le 20 juin 1983. L'école professionnelle fait désormais partie de l'Institut Saint-Joseph, l'école primaire reste paroissiale et fermera ses portes quelques années plus tard.
La section professionnelle de l'Institut Saint-Joseph va évoluer ces dernières années, tant au niveau des bâtiments que des offres d'enseignement, pour arriver au visage que nous connaissons aujourd'hui.
En 1984, un terrain est acheté à la paroisse Saint-Christophe, à l'arrière des bâtiments de l'école pour y construire trois nouvelles classes et un vestiaire. 15 ans plus tard, la cour autour de ces classes est agrandie, et on y ajoute encore 4 classes et une bibliothèque. Les cuisines et le restaurant sont réaménagées et les anciens bâtiments sont peu à peu rénovés, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur.
A la rentrée 1990, une 7ème année professionnelle Hôtellerie- Restauration est créée rendant possible l'accès à l'enseignement supérieur. Une nouvelle section est ouverte à la rentrée suivante : la section Monitorat d'accueil qui forme des hôtes et des hôtesses d'accueil et qui propose des débouchés dans le domaine médical et social. Cette section, appelée désormais « Auxiliaire Administratif d'Accueil » a déménagé récemment au Boulevard de l'Yser.
Notre école professionnelle fête aujourd'hui ses 110 ans. Son histoire montre qu'elle s'est adaptée depuis 1897 aux différentes évolutions de la société, pour être aujourd'hui bien ancrée dans le troisième millénaire.
Mr Journée, professeur